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Confession: j’aime le hockey. Plus jeune, mes parents ont beaucoup sacrifié pour que je puisse jouer dans les plus hauts échelons. J’aime jouer au hockey. Mais plus jeune, quand j’ai connu l’enfer de ces vestiaires rétrogrades de cromagnons insipides, j’ai détesté le hockey.

J’ai encore en mémoire les initiations, ce code ridicule qui vise à normaliser en un tout homogène l’ensemble du groupe. À 14-15-16 ans, quand tu commences à développer tes intérêts, ton identité propre, il arrive qu’elle ne cadre pas avec celle du groupe. Dans ce milieu là, c’est gage de rejection, pire, d’intimidation.

À cet âge là, j’ai découvert la musique; un véritable mélomane. Mon parrain m’ayant ouvert l’esprit à une caverne d’Alibaba de plus de 10 000 disques vinyles… Me souvient encore de ma mère (sa soeur), qui regardait d’un oeil agacé les couvertures d’Iron Maiden, de Dio, ou encore de Judas Priest. Avec le temps, j’y ai greffé les Slayer, Megadeth, etc. Et des cheveux aussi… Une longue tignasse blonde à laquelle je tenais plus que tout. Identité propre.

Me souvient encore d’un osti de taupin qui nous servait de capitaine à cette époque là. Le genre de bonhomme qui aimait bien se tapocher le membre avant la game devant coéquipiers amusés jusqu’à ce qu’il durcisse, genre de ralliement complètement imbécile. Un jour, pratique du matin, un coéquipier et moi étions visés; notre crime? Les cheveux longs. Fini, on rase. Comme tout le monde. J’étais robuste sur la glace, j’affectionnais particulièrement le jeu physique. Jamais autant que ce matin là. J’y aurais laissé ma peau. J’ai fessé dans tout ce qui bougeait. À la fin avec mes patins. Un entraineur s’est pointé pour mettre fin à ce vacarme. Ma tignasse j’ai gardée. Ma place dans l’équipe, j’ai perdue. Oui, j’ai fini l’année, mais stigmatisé dans le groupe. Mon chum poilu, lui, a quitté.

Je n’ai plus eu de plaisir à jouer au hockey après ça. Oui, un peu en fait, car il y avait à cette époque là, une alternative au hockey junior majeur, le Collégial Majeur. Une ligue arrimée au collégial. J’ai bien aimé y jouer. Peu de longs voyages, moins de parties, l’emphase sur les études et non sur le stuff de junior. Pour les joueurs qui désiraient poursuivre un parcours d’hockeyeur, mais réalistes quant à leurs chances de gagner leur vie par la pratique de ce sport… C’était bien.

Voilà Chris Neil qui s’amène…

Pourquoi ce long préambule? Car je regarde ce qui se passe dans les séries minatoires de la LNH, ce jeu de l’intimidation, ces gorilles qui en profitent pour voler la vedette aux artistes de la rondelle, et ça me rappelle cette époque lointaine que je décris ici, à un plus modeste niveau bien sûr. En fait, ce qui est triste, c’est que rien n’a vraiment changé. Oui, les goons sont en voie de disparition, on les remplace par des joueurs plus agiles qui peuvent à la fois jouer des jointures et manier, un tant soit peu le bâton. Mais l’intimidation demeure; surtout quand arrive le moment des séries minatoires.

Triste spectacle lors du premier match dans la série Ottawa-Montréal, ce coup salaud d’un joueur étoile, PK Subban, à l’endroit du meilleur attaquant ottavien. Les arbitres ont chassé du match le bouillant défenseur du canadien, la bonne décision. L’attaquant Mark Stone d’Ottawa s’en verra diminuer, blessé, pour le reste de la série. Au final, ce sont les amateurs qui sont pénalisés quand une équipe se voit privée de ses meilleurs éléments. Déjà que les aptitudes offensives sont rares dans cette ligue…

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Mais dans le contexte où la ligue nationale n’avait imposée qu’une sanction de deux matchs au défenseur Gryba des Senators quand il avait presque décapité le joueur de centre Lars Eller… la marge est mince pour un coup de bâton au bras…

Le nœud du problème est là.

Tant que la LNH sera menée par des tenants du « hockey comme dans l’temps » où l’intimidation est un atout et non une sanction, tant que cette clique de dinosaure s’opposera à un changement de paradigme complet concernant les séries éliminatoires; les Chris Neil voleront la vedette aux Plekanec. Ce matin, les journaux d’Ottawa sont placardés des menaces à peine voilées du matamore des Senators à l’endroit de PK Subban. La justice se fera sur la glace, c’est vendeur. La qualité du spectacle en souffre, au final, il se pourrait bien que ET Stone ET Subban (ou un autre joueur de talent du Canadien) en sortent diminués. C’est complètement ridicule.

Un changement de paradigme en commençant par l’arbitrage

À un moment donné, il faudra que cette culture de l’intimidation cesse, que quelqu’un y mette fin. Comment? Le plus important sera de sonner le glas du double standard de l’arbitrage. Tout le monde sait qu’il existe un livre des règlements en saison régulière et un autre, complètement épuré, lors des séries éliminatoires. Cela affecte la crédibilité du sport. Peut-on imaginer ce double standard dans la NFL?, la NBA? Des matchs se perdent dans la NFL sur une question de bloc dans le dos lors d’un retour de botté, l’arbitre qui lance le foulard pour appeler la pénalité ne se pose pas la question « quel effet aura ma pénalité sur le cours du match? »; au hockey, oui. Les arbitres qui officient les matchs sont ceux qui sont les meilleurs pour juger non pas de la pertinence d’appeler une pénalité mais bien d’y ajouter la considération du moment où elle est appelée, de l’enjeu inhérent à cet appel même.

Pourtant, dans le match un de la série Ottawa-Montréal, les arbitres ont chassé PK Subban pour son geste. Le tricolore a chèrement payé pour ce coup de bâton, deux buts comptés par l’adversaire en avantage numérique. Si de tels coups étaient TOUJOURS sanctionnés de la sorte, tel que l’indique le règlement 61 de la LNH, les joueurs y penseraient par deux fois avant de s’attaquer aussi gratuitement à leurs adversaires. Dans un tel contexte, un club qui miserait indument sur l’intimidation, les coups salauds, se verrait tellement pénalisé qu’il en nuirait à ses chances de gagner le match. Il se trouverait constamment à la merci des meilleurs joueurs adverses qui lui ferait payer l’indiscipline en avantage numérique.

Nous n’y sommes pas encore et les intimidateurs font encore la loi comme on le voit par la place qu’occupe un Chris Neil à partir de maintenant dans cette série. Et c’est bien dommage car, comme le soulignait avec justesse PK Subban, ce cirque fait ombrage à la performance inspirante du 4e trio du Canadien ou d’un Brian Flynn en particulier.