Deux pistes à considérer pour la suite des choses dans le lockout qui mine encore les opérations de la LNH. Nous avions écrit ici il y a plusieurs mois que le conflit était inévitable, mais nous étions de ceux qui pensaient que le lockout se règlerait avant le thanksgiving américain. En ça, nous avons manqué la cible!

Ce que nous n’avions pas prévu, en toute nonnêteté, c’est la force de l’intransigeance de Gary Bettman et son emprise démesurée sur l’ensemble des propriétaires. Le constat que l’on peut tirer de ce conflit c’est que les dommages causés au sport seront importants, permanents, et que Bettman doit certainement considéere son avenir personnel avant la pérennité de la ligue et de ce sport.

Piste 1 : La médiation

La majorité des chroniqueurs qui suivent le lockout ont rappelé l’échec de la médiation de 2004-2005. On se souviendra qu’à l’époque, l’AJLNH n’avait pas voulu plier sur le principe du plafond salarial, quitte à sacrfier la saison. Ce plafond a été accepté avant la saison d’ensuite. L’histoire semble faire croire aux proprios que cette tactique de la terre brûlée fonctionnera encore… La médiation ne peut fonctionner qu’à la condition où les deux partis acceptent de négocier. Si l’un des deux partis se campe dans le refus, on pourrait bien en appeler au Pape, rien ne bougera.

C’est un peu la conclusion à laquelle en arrivent, par exemple François Gagnon dans La Presse et Pierre Lebrun sur son blogue dans ESPN (http://m.espn.go.com/general/blogs/blogpost?blogname=nhl&id=20406&wjb). « But in the end, no matter what mediators say or try, only the true willingness of both sides to finally compromise for the final stretch will allow a true breakthrough. »

Bref, jusqu’à maintenant, comme le Commissaire Bettman a refusé chaque proposition de l’AJLNH en moins de temps qu’il n’en faut pour les imprimer, pourquoi penser, espérer une soudaine ouverture de sa part? Afin d’ajouter à son héritage personnel en tant que bonze de la LNH, il a fort à parier que Bettman cherche la victoire par KO, avec en prime l’humiliation.

Piste 2 : la dissolution de l’AJLNH

On doit absolument partager l’article de Martin Leclerc concernant les enjeux qui entourent une option dont on parle de plus en plus dans ce conflit : la dissolution de l’association des joueurs de la LNH. ( http://blogues.radio-canada.ca/bloguesportif/2012/11/25/dissoudre-lajlnh-pas-maintenant/)

« Dans la LNH, comme l’ont rapporté quelques valeureux confrères au cours du week-end, la dissolution de l’Association des joueurs signifierait théoriquement la fin immédiate du lock-out (on ne peut mettre en lock-out des salariés qui ne sont pas syndiqués) et les 30 équipes de la ligue seraient dorénavant obligées d’opérer comme 30 entreprises distinctes. »

Cependant, une telle solution radicale pourrait bien affecter négativement autant les joueurs que les propriétaires. Toujours selon Martin Leclerc :

« On imagine avec amusement le chaos que cela provoquerait. Des choix de premier tour comme Sidney Crosby entreprendraient leur carrière avec des contrats garantis de 80 ou 100 millions. Les Rangers de New York et les Maple Leafs de Toronto se bâtiraient des formations de 125 ou 150 millions dans l’espoir d’acheter une coupe Stanley. À l’inverse, les masses salariales des Coyotes de Phoenix et des Blue Jackets de Columbus seraient probablement faméliques et l’on verrait sans doute plusieurs équipes de petits marchés fermer boutique »

Nous serions bien étonnés que la « dissolution » de l’AJLNH se fasse à court terme mais Donald Fehr est un fin renard qui a préparer le terrain depuis plusieurs mois, notamment par l’embauche de Don Zavelo.

« Cela dit, Fehr sait depuis le début à qui il a affaire. Et au cours des deux dernières années, tout en se préparant à négocier de bonne foi, il a aussi provoqué la guerre. Ce n’est pas pour rien qu’en octobre 2011, il a embauché Don Zavelo à titre de responsable des affaires juridiques (general counsel) de l’AJLNH.

Voici un extrait du communiqué annonçant l’embauche de Zavelo :

« Don Zavelo se joint à l’AJLNH. Au cours des 30 dernières années, il travaillait au bureau de New York du National Labor Relations Board (NLRB) […] où il dirigeait les enquêtes en matière de pratiques déloyales en plus de superviser les procès intentés par les avocats et enquêteurs du bureau new-yorkais du NLRB. »

En septembre dernier, Zavelo a intenté des recours devant les conseils de relations de travail du Québec et de l’Alberta pour faire déclarer le lock-out de la LNH illégal dans ces deux provinces. Aux yeux de plusieurs, les joueurs ont essuyé deux solides rebuffades devant ces tribunaux administratifs. Mais pour certains, ces deux cas ont plutôt permis à l’Association des joueurs de faire témoigner des dirigeants de la LNH qui, sous serment, sont venus déclarer que seule la loi américaine du travail s’applique aux opérations de la LNH. »

Or, justement, la loi américaine du travail est très sévère quand il s’agit de dommages punitifs qui ont cours suite à des procès qui portent sur des négociations d’ententes de travail en cas de litiges. Et sur ce point, les joueurs ont réussi à coincer Gary Bettman.

A) soit Gary Bettman règle maintenant et profite de l’avantage qu’il s’est construit jusqu’ici.

B) soit Gary Bettman résiste et demeure intransigeant, ce qui ne serait pas surprenant, mais qui conduirait inévitablement l’affaire devant les tribunaux sitôt la confirmation de la saison annoncée.

« Or, c’est après l’annulation de la saison que Fehr se retrouverait, hors de tout doute, aux commandes d’une des plus flagrantes causes de négociation de mauvaise foi de l’histoire des États-Unis. Imaginez un instant ses arguments :

– un employeur qui déclenche un deuxième lock-out en sept ans;

– une ligue professionnelle qui annule une deuxième saison complète en sept ans, du jamais vu dans l’histoire du sport professionnel;

– une offre de départ malhonnête, qui proposait aux joueurs un recul financier de 24 % et de nombreux reculs en ce qui a trait aux droits contractuels individuels. Et malgré le fait que la LNH ait connue sept années consécutives de revenus record;

– le refus des propriétaires d’honorer des contrats en bonne et due forme, déjà signés;

– le refus par les propriétaires, en 10 minutes (!), de trois offres de règlement présentées par les joueurs;

– l’annulation de la saison 2012-2013, malgré une proposition de règlement de l’Association des joueurs qui concernent des concessions s’élevant à plusieurs centaines de millions de la part des joueurs et aucune concession de la part des propriétaires.

Si Gary Bettman décidait d’annuler la saison et que Donald Fehr appuyait sur le bouton « dissolution » à ce moment précis, ce dernier aurait entre les mains une cause quasi parfaite qui exposerait les propriétaires à des dommages punitifs de 5,4 milliards de dollars (1,8 milliard en salaires perdus, multiplié par trois). Rien de moins!

Chaque jour qui passe mène un peu plus Gary Bettman dans une impasse. Plus les propriétaires annulent des matchs, plus la cause des joueurs se cristallise et plus les éventuels dommages punitifs augmentent. Et plus la décision de régler rapidement le confit s’impose. »

L’article de Martin Leclerc explique de façon claire les deux options qui demeurent dans ce conflit et les conséquences juridiques possibles. Cependant, on doit ajouter que la bataille juridique fait aussi partie des options que prépare le Commissaire et que celui-ci croit qu’il a une chance de convaincre la Cour. Une guerre de chiffre s’enclencherait-un des points en litige dans le présent conflit- et la LNH ferait valoir le piètre état de certaines de ses équipes comme modus operandi de son intransigeance.

Bref, cet interminable conflit connaîtra un dénouement plus ou moins rapide, sinon, ce sera la longue litanie des tribunaux.

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