Lockout LNH : Règlement rapide ou longue litanie devant les tribunaux? mardi, Nov 27 2012 

Deux pistes à considérer pour la suite des choses dans le lockout qui mine encore les opérations de la LNH. Nous avions écrit ici il y a plusieurs mois que le conflit était inévitable, mais nous étions de ceux qui pensaient que le lockout se règlerait avant le thanksgiving américain. En ça, nous avons manqué la cible!

Ce que nous n’avions pas prévu, en toute nonnêteté, c’est la force de l’intransigeance de Gary Bettman et son emprise démesurée sur l’ensemble des propriétaires. Le constat que l’on peut tirer de ce conflit c’est que les dommages causés au sport seront importants, permanents, et que Bettman doit certainement considéere son avenir personnel avant la pérennité de la ligue et de ce sport.

Piste 1 : La médiation

La majorité des chroniqueurs qui suivent le lockout ont rappelé l’échec de la médiation de 2004-2005. On se souviendra qu’à l’époque, l’AJLNH n’avait pas voulu plier sur le principe du plafond salarial, quitte à sacrfier la saison. Ce plafond a été accepté avant la saison d’ensuite. L’histoire semble faire croire aux proprios que cette tactique de la terre brûlée fonctionnera encore… La médiation ne peut fonctionner qu’à la condition où les deux partis acceptent de négocier. Si l’un des deux partis se campe dans le refus, on pourrait bien en appeler au Pape, rien ne bougera.

C’est un peu la conclusion à laquelle en arrivent, par exemple François Gagnon dans La Presse et Pierre Lebrun sur son blogue dans ESPN (http://m.espn.go.com/general/blogs/blogpost?blogname=nhl&id=20406&wjb). « But in the end, no matter what mediators say or try, only the true willingness of both sides to finally compromise for the final stretch will allow a true breakthrough. »

Bref, jusqu’à maintenant, comme le Commissaire Bettman a refusé chaque proposition de l’AJLNH en moins de temps qu’il n’en faut pour les imprimer, pourquoi penser, espérer une soudaine ouverture de sa part? Afin d’ajouter à son héritage personnel en tant que bonze de la LNH, il a fort à parier que Bettman cherche la victoire par KO, avec en prime l’humiliation.

Piste 2 : la dissolution de l’AJLNH

On doit absolument partager l’article de Martin Leclerc concernant les enjeux qui entourent une option dont on parle de plus en plus dans ce conflit : la dissolution de l’association des joueurs de la LNH. ( http://blogues.radio-canada.ca/bloguesportif/2012/11/25/dissoudre-lajlnh-pas-maintenant/)

« Dans la LNH, comme l’ont rapporté quelques valeureux confrères au cours du week-end, la dissolution de l’Association des joueurs signifierait théoriquement la fin immédiate du lock-out (on ne peut mettre en lock-out des salariés qui ne sont pas syndiqués) et les 30 équipes de la ligue seraient dorénavant obligées d’opérer comme 30 entreprises distinctes. »

Cependant, une telle solution radicale pourrait bien affecter négativement autant les joueurs que les propriétaires. Toujours selon Martin Leclerc :

« On imagine avec amusement le chaos que cela provoquerait. Des choix de premier tour comme Sidney Crosby entreprendraient leur carrière avec des contrats garantis de 80 ou 100 millions. Les Rangers de New York et les Maple Leafs de Toronto se bâtiraient des formations de 125 ou 150 millions dans l’espoir d’acheter une coupe Stanley. À l’inverse, les masses salariales des Coyotes de Phoenix et des Blue Jackets de Columbus seraient probablement faméliques et l’on verrait sans doute plusieurs équipes de petits marchés fermer boutique »

Nous serions bien étonnés que la « dissolution » de l’AJLNH se fasse à court terme mais Donald Fehr est un fin renard qui a préparer le terrain depuis plusieurs mois, notamment par l’embauche de Don Zavelo.

« Cela dit, Fehr sait depuis le début à qui il a affaire. Et au cours des deux dernières années, tout en se préparant à négocier de bonne foi, il a aussi provoqué la guerre. Ce n’est pas pour rien qu’en octobre 2011, il a embauché Don Zavelo à titre de responsable des affaires juridiques (general counsel) de l’AJLNH.

Voici un extrait du communiqué annonçant l’embauche de Zavelo :

« Don Zavelo se joint à l’AJLNH. Au cours des 30 dernières années, il travaillait au bureau de New York du National Labor Relations Board (NLRB) […] où il dirigeait les enquêtes en matière de pratiques déloyales en plus de superviser les procès intentés par les avocats et enquêteurs du bureau new-yorkais du NLRB. »

En septembre dernier, Zavelo a intenté des recours devant les conseils de relations de travail du Québec et de l’Alberta pour faire déclarer le lock-out de la LNH illégal dans ces deux provinces. Aux yeux de plusieurs, les joueurs ont essuyé deux solides rebuffades devant ces tribunaux administratifs. Mais pour certains, ces deux cas ont plutôt permis à l’Association des joueurs de faire témoigner des dirigeants de la LNH qui, sous serment, sont venus déclarer que seule la loi américaine du travail s’applique aux opérations de la LNH. »

Or, justement, la loi américaine du travail est très sévère quand il s’agit de dommages punitifs qui ont cours suite à des procès qui portent sur des négociations d’ententes de travail en cas de litiges. Et sur ce point, les joueurs ont réussi à coincer Gary Bettman.

A) soit Gary Bettman règle maintenant et profite de l’avantage qu’il s’est construit jusqu’ici.

B) soit Gary Bettman résiste et demeure intransigeant, ce qui ne serait pas surprenant, mais qui conduirait inévitablement l’affaire devant les tribunaux sitôt la confirmation de la saison annoncée.

« Or, c’est après l’annulation de la saison que Fehr se retrouverait, hors de tout doute, aux commandes d’une des plus flagrantes causes de négociation de mauvaise foi de l’histoire des États-Unis. Imaginez un instant ses arguments :

– un employeur qui déclenche un deuxième lock-out en sept ans;

– une ligue professionnelle qui annule une deuxième saison complète en sept ans, du jamais vu dans l’histoire du sport professionnel;

– une offre de départ malhonnête, qui proposait aux joueurs un recul financier de 24 % et de nombreux reculs en ce qui a trait aux droits contractuels individuels. Et malgré le fait que la LNH ait connue sept années consécutives de revenus record;

– le refus des propriétaires d’honorer des contrats en bonne et due forme, déjà signés;

– le refus par les propriétaires, en 10 minutes (!), de trois offres de règlement présentées par les joueurs;

– l’annulation de la saison 2012-2013, malgré une proposition de règlement de l’Association des joueurs qui concernent des concessions s’élevant à plusieurs centaines de millions de la part des joueurs et aucune concession de la part des propriétaires.

Si Gary Bettman décidait d’annuler la saison et que Donald Fehr appuyait sur le bouton « dissolution » à ce moment précis, ce dernier aurait entre les mains une cause quasi parfaite qui exposerait les propriétaires à des dommages punitifs de 5,4 milliards de dollars (1,8 milliard en salaires perdus, multiplié par trois). Rien de moins!

Chaque jour qui passe mène un peu plus Gary Bettman dans une impasse. Plus les propriétaires annulent des matchs, plus la cause des joueurs se cristallise et plus les éventuels dommages punitifs augmentent. Et plus la décision de régler rapidement le confit s’impose. »

L’article de Martin Leclerc explique de façon claire les deux options qui demeurent dans ce conflit et les conséquences juridiques possibles. Cependant, on doit ajouter que la bataille juridique fait aussi partie des options que prépare le Commissaire et que celui-ci croit qu’il a une chance de convaincre la Cour. Une guerre de chiffre s’enclencherait-un des points en litige dans le présent conflit- et la LNH ferait valoir le piètre état de certaines de ses équipes comme modus operandi de son intransigeance.

Bref, cet interminable conflit connaîtra un dénouement plus ou moins rapide, sinon, ce sera la longue litanie des tribunaux.

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Chronologie d’un conflit; l’héritage désastreux de Gary Bettman mercredi, Nov 14 2012 

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Chronologie d’un conflit : les liens entre le politique et la gestion de la LNH

En général, au Québec du moins, le milieu du hockey est loin d’avoir été animé par les gens les plus progressistes. Historiquement, les hockeyeurs et administrateurs québécois ont plutôt été discrets politiquement, sinon plutôt associés au parti Libéral, comme Serge Savard par exemple. Soucieux de ne pas s’imiscer dans la question politique toujours chargée au Québec, la plupart des acteurs du hockey professionnel sont donc demeurés plutôt réservés sur ces questions. En ce sens, la couleur politique du gouvernement en place au Québec n’a pas influé de façon significative la conduite des opérations de la LNH moderne.

Cependant, le hockey professionnel moderne, nous entendons surtout sous le règne de Bettman, n’est pas exempt d’opérer dans un environnement économique où les gouvernements sont présents. Parfois en subventionnant les édifices, par l’accomodation de la taxation, etc. Les gens de Québec se rappellent des chassés-croisés entre Marcel Aubut, l’ex maire de Québec Jean-Paul L’Allier et le gouvernement du Québec de l’époque dirigé par l’un des plus brillants économistes de son époque, Jacques Parizeau. (voir : http://www.rds.ca/hockey/chroniques/179443.html)

On se souviendra que le milieu et la fin des années 90 furent marquées par l’atteinte à tout prix du déficit zéro, une période cyclique, comme celle que nous vivons présentement d’ailleurs, où l’économie se contracte et où l’austérité l’emporte sur les dépenses folles. C’est dans ce contexte que Québec a dû se résoudre à perdre ses Nordiques et où la LNH a vécu le premier conflit de travail sous Bettman. Le gouvernement de Parizeau avait offert jusqu’à 17 millions à l’époque en échange de quoi les Nordiques auraient eu à s’engager à contrôler les coûts en salaires. Cela viendra plus tard… pas assez vite pour sauver les Nordiques malheureusement. Dans les circonstances, le PM Parizeau aurait espéré que le privé aide à sauver les Nordiques, le gouvernement ne pouvant tout faire seul en période austère.

Les Nordiques ont quitté vers le Colorado, les Jets les imiteront en quittant vers Phoenix. La LNH de Bettman serait résolument Américaine et tous les grands marchés devront être représentés, même si certains n’avaient absolument aucune tradition de hockey. La transposition d’un positionnement géographique imitant des sports « naturels » comme le baseball ou le football n’a jamais inquiété Bettman qui l’a imposé aux propriétaires en promettant une croissance inespérée.

La croissance est venue… du Canada. Les marchés américains non-traditionnels ont péréclité avec le temps, les proprios ont réagi en accordant leur confiance à Bettman pour imposer un contrôle des côuts. Une saison et demie de perdue plus tard, rien n’est réglé et le club sélect des propriétaires d’équipes de la LNH est devant la perspective de devoir annuler une autre saison.

Le gros problème c’est que la croissance des revenus de la LNH aux États-Unis est faible, quand on ne parle pas des déficits opérationnels de plus d’une douzaine d’équipes. Les équipes canadiennes profitent de l’hégémonie du hockey sur la scène sportive pour récolter 40% de tous les revenus de la LNH, le tout à 7 équipes.

Dans ce contexte, on se retrouve devant une situation inique où les clubs canadiens participent proportionnelement à une part indue des revenus de la ligue mais sont minorisés au sein du cercle des proprios. La ligne dure prônée par Bettman cet automne est le fruit d’un appui de moins d’une dizaine de propriétaires plus « radicaux » dont on doute qu’aucun ne soit Canadien. Les statuts de représentation de la LNH permettent à Bettman de présenter une position officielle de la LNH fort de l’appui de seulement 8 propriétaires pour qu’elle soit valide. Certaines équipes qui ont déjà connues de meilleurs jours, Colorado et Dallas par exemple, font partie de ce groupe, tout comme des marchés moribonds comme Long Island, Colombus et Nashville. Pire encore, la LNH devient juge et partie en tant que proprio des Coyotes…

Ce rapport de force tronqué permettra à Bettman d’imposer la ligne dure à l’ensemble des propriétaires et de négocier le couteau à la gorge des joueurs. Rien pour améliorer une relation déjà acrimonieuse entre le Commissaire et l’AJLNH.

Dans les faits, la LNH n’a jamais vraiment connu la stabilité sous le règne Bettman. D’abord car il n’a jamais réussi à gagner la confiance des joueurs; pire, avec le temps, il s’est attiré leur mépris. Si ce conflit se règle un jour, il ne faudrait pas se surprendre qu’un jour, un capitaine vainqueur de la Coupe Stanley refuse de recevoir le plus noble trophée du sport professionnel Nord-Américain des mains de celui qui l’aura traîné dans la boue.

P.S. : la LNH et l’AJLNH se sont adjoints les services de grandes firmes de Lobbyistes afin de les représenter auprès des parlementaires canadiens comme le veut la loi. Les joueurs supposément en vue de représentations sur les lois fiscales, la LNH pour protester contre la nouvelle loi sur les paris sportifs (Bill C-290). Ne soyons pas dupes, la négociation en cours se rendra jusqu’aux parlementaires canadiens.

Voir : http://www.ipolitics.ca/2012/11/14/with-canadas-game-on-ice-the-nhl-warms-to-the-hill/

Bettman n’avait pas d’affaire sur la même tribune que Joe Sakic mardi, Nov 13 2012 

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Quelques réflexions en vrac concernant les non-développements des derniers jours :

A) C’est une honte innomable que Gary Bettman se soit présenté au Temple de la Renommée du Hockey hier soir. Nous n’avons pas besoin d’attendre que l’arrogant commissaire quitte son poste pour un des trois autres sports prestigieux afin de parler de l’héritage qu’il laissera en tant que Grand Manitou de la LNH. Trois conflits majeurs depuis 1994; aucune considération pour les effets à long terme de ces conflits sur la base partisane; un dégoût de la structure économique du sport qui tire 40% de ses revenus des 7 équipes canadiennes (ce qui horripile le Commissaire); la ferme impression que la LNH est un passage obligé pour Bettman avant de se voir considérer pour un tremplin vers la NBA (ou un autre sport « vraiment américain »).

Mais pire encore, c’est que la présence de Bettman à l’intronisation de l’un des plus grands ambassadeurs de notre sport, un gentleman comme il ne s’en fait que trop rarement, un passionné qui a prêché par l’exemple, la droiture, l’honnêteté envers ses coéquipiers, Joe Sakic, la présence de Bettman donc, nous a montré les deux extrêmes de ce que notre sport national a à offrir; la classe du passionné sur la glace et l’administrateur-gestionnaire mercantile qui additionne et calcule pour les propriétaires sans égards envers ceux qui comptent (au propre et au figuré) le plus pour les amateurs.

Les joueurs ont-ils tout vrai dans ce conflit? Bien sûr que non. Mais une chose est certaine, Bettman se met un doigt dans l’oeil en cautionnant l’imprudence (ou la connivence) des propriétaires qui ont consenti des contrats surréalistes à quelques heures du lockout. Car en demandant maintenant que ces contrats ne soient pas respectés; ou pire, en demandant que ce soit un « make whole » fund qui les payent au delà de la nouvelle entente, c’est demander que ce soient les joueurs qui payent pour l’imprudence des proprios. C’est proprement scandaleux et ça pourrait priver les amateurs d’une saison complète et même mettre en péril plusieurs marchés de la LNH, à commencer par celui qu’un joueur comme Sakic a bâti, le Colorado. En ça, Bettman n’avait pas d’affaire sur la même tribune que Joe Sakic. Point.

B) L’optimisme débordant de certains chroniqueurs de la faune montréalaise s’est passablement refroidi ces derniers jours. François Gagnon parle même dans LaPresse du risque de la saison perdue. Damian Cox l’évoquait la semaine dernière, se refusant de croire que joueurs et proprios avaient assez soufferts de la situation actuelle. La poussière de huis-clos de la dernière session de négo retombée, on constate en effet que le fossé est abyssal. Plus qu’une question de chiffre, on s’entredéchire sur la vision même de ce que devrait être la LNH des prochaines années. On est loin de la première mise au jeu.

Pire encore, le NY Times nous apprenait en fin de semaine qu’un nouveau front s’était ouvert dans le litige : qui payera pour les dommages causés par le lockout? La LNH devra faire face à des poursuites coûteuses au terme du conflit de travail. Molson-Coors a annoncé étudier la chose à la lumière des pertes qu’elle accuse depuis le début du conflit. Reebok a emboîté le pas; d’autres suivront.

Un lockout c’est une décision unilatérale des propriétaires de bloquer l’accès des joueurs à leur milieu de travail, mais Bettman voudrait qu’à tout le moins l’AJLNH paye une partie des pertes et dépenses émanant des poursuites! Le fossé se creuse. La gestion des contrats et le partage des revenus hockey sont les autres dossiers les plus litigieux.

C) En terminant, l’absence du hockey dans la programmation des différentes chaînes (télé-radio) spécialisées dans le sport crée un vide qu’il est très difficile de combler. Honnêtement, je veux bien que l’on compense par des habits d’époques et des vielles « games » des années 80, mais les faméliques cotes d’écoute montrent bien que le public-cible de ces réseaux a opéré un transfert vers d’autres chaînes, d’autres moyens de diverstissement. On se demande l’intérêt de discuter encore, comme on le faisait hier soir chez Ron Fournier, des meilleurs hockeyeurs canadiens de l’histoire; sujet usé de redondance s’il en est un. Vivement plus de matchs de la LHJMQ, de la ligue américaine et des ententes avec certains circuits européens et collégiaux américains pour que nos écrans montrent la belle diversité du hockey.

Bettman est un fin renard; Damospin et la douche d’eau froide! vendredi, Nov 9 2012 

Le moins que l’on puisse dire c’est que Gary Bettman est un fin renard. Pendant que la cohue journalistique s’affairait à essayer de localiser l’endroit précis où l’AJLNH et les proprios négociaient, « Call me Gary » avait réussi à imposer aux joueurs de se rencontrer chez Proskauer Rose, 41e Rue et 8e Avenue, la firme d’avocats New-Yorkaise qui a concocté la stratégie d’imposition d’un lockout pour la LNH de Bettman en 1994 et 2004.

Faut le faire!

En fin de journée hier, une douzaine de journalistes, quelques caméras, attendaient les protagonistes afin de tâter le pouls des participants. Ils ont fait le pied de grue pour rien car peu a transparu des quelques mots laconiques qu’ont laissé tomber Donald Fehr et Gary Bettman.

Le « fond de provision » (make-whole) demeure un enjeu qui divise profondément les joueurs car les sommes qui serviraient à le créer (ce fond) proviendraient en très grande majorité de l’ensemble des joueurs de l’AJLNH. Dans les faits, la seule véritable utilité de ce fond serait de respecter les contrats signés avant le lockout, certains, cyniquement, ayant été signés à quelques heures du début de celui-ci!

Imaginons le scénario : les revenus sont partagés de façon moindre pour les joueurs (de 57 à 53% la 1ère année), ce qui fait baisser le plafond salarial. Les contrats de joueurs étoiles comme Suter et Parisé au Minnesota deviennent trop lourds à porter, c’est le « make-whole » qui sert à couvrir l’excédentaire. L’ensemble des joueurs qui paye la super-étoile pour des contrats signés en bonne et dûe forme…

On doit admettre que cette clause irrite même certains proprios.

Un son de cloche réaliste : Damian Cox

Encore, nous nous tournons vers Damian Cox du Toronto Star afin d’en arriver à une lecture réaliste de la situation.

Pour lui, tout l’aspect dramatique et l’urgence de la situation, c’est de la foutaise. N’en doutons pas, les deux côtés souffrent de la situation : « Right now, both sides are bleeding, and both are assessing on a day-to-day basis how much more they want to bleed, and measuring their losses against the possible gains, and calculating how far they can push the other side for maximum advantage. »

Mais contrairement à ce que l’on peut lire, notamment ici au Québec, le sentiment d’urgence est un leurre selon Cox. Il rappelle que le conflit de 1994-1995 s’est terminé le 11 janvier afin que l’on puisse présenter une saison de 48 parties. En 2004-2005, les deux camps ont négocié jusqu’au 16 février avant d’annuler la saison; des sessions de négociations ont eu lieu jusqu’en mai!

Nous ne sommes même pas à la mi-novembre. Comme l’écrit Damian Cox, le seul sentiment d’urgence est celui du rapport de force dans chacun des camps entre ceux qui tiennent mordicus à régler le conflit et les tenants de la ligne dure.

Du côté des proprios, Gary Bettman s’est assuré que les statuts et règlements qui régissent le groupe des propriétaires lui confèrent les pleins pouvoirs. S’il se ralie 8 proprios à sa position, ils peuvent imposer leurs vues à l’ensemble du groupe.

Du côté des joueurs, le très grand nombre (plus de 700 votants) et les enjeux divergents qui les mobilisent font en sorte que la division est toujours latente. Il y avait hier pour représenter les joueurs à la table de négociations Mathieu Darche, Kevin Wesgarth (dur à cuire des Kings), Chris Campoli, David Backes, Manny Malhotra, Shawn Thornton et Milan Lucic. Un groupe très disparate. N’oublions pas les absents, les européens de luxe comme Ovechkin et Malkin, qui, eux, font pression sur les négociations par leurs menaces de quitter leurs clubs respectifs si leurs contrats ne sont pas respectés intégralement. Imaginez la pression sur les autres joueurs des Pens ou des Caps. Et le proprio! Alors, on se cottise pour les garder dans notre équipe…

Vraiment, rien n’est simple dans cette négociation et force est d’admettre que ce sera le premier des deux camps qui n’en pourra plus de souffrir qui devra plier et donner à la partie adverse, les sommes qui manquent afin de régler.

http://www.nytimes.com/2012/11/09/sports/hockey/nhl-labor-talks-continue-with-some-optimism.html?_r=0

http://thestar.blogs.com/thespin/2012/11/dont-buy-the-drama.html

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