Le sort du début de la prochaine saison est entre les mains de quatre personnes. De ces quatre personnes, aucune n’est vraiment à l’aise sur patins, aucune n’a la sensibilité des amateurs à coeur, aucune ne fait partie de ces fans qui de pères en fils ont trimbalé des poches de hockey le samedi matin à 5h30 dans un aréna trop frigorifié, en se gelant les doigts afin d’attacher les patins du petit dernier…

Non. Ce sont des technocrates de haut niveau. Ces gens ne se soucient pas de la sensibilité des amateurs; leur mandat est de représenter les intérêts de leurs clients respectifs. Point barre. Et on parle de très gros sous. Sauf que les perspectives des uns et des autres diffèrent grandement. Voilà pourquoi il y aura conflit dans la LNH, voilà pourquoi la longueur de ce conflit dépendra de qui réussira à imposer SA volonté à la partie adverse.

La vision des joueurs

Les joueurs qui font partie de l’AJLNH jouissent de statuts bien différents. Un joueur nord-américain de 4e trio ne voit pas le conflit du même oeil que son camarade russe qui pourrait évoluer sur le même trio que lui. Le premier bataillera dans la Ligue américaine en cas de conflit pour un salaire de 150k par année. Le Russe pourrait être tenter de parapher un contrat pour la saison complète en Russie pour plus d’argent, ce qui le rend vulnérable à ne plus revenir en Amérique du Nord pour un certain bout de temps. Cela pourrait être gênant dans le cas d’un jeune russe de talent par exemple dont la place n’est pas consolidée encore dans l’organigramme de l’équipe.

Depuis quelques années, les représentants de l’association des joueurs ont bien informé leurs membres de se préparer en cas de conflit. Il existe un « fond de grève » mais il n’est pas destiné à compenser pour les salaires perdus des joueurs. Comme ce conflit est dans la mire des deux camps depuis plusieurs mois, on a demandé aux joueurs d’engranger un peu de leur salaire juste au cas où…

Personne ne pleurera le sort des Crosby et Ovechkin de ce monde, mais pour le joueur autonome de 4e trio qui n’a pas encore de contrat et qui a joué surtout pour le salaire minimum dans la LNH, un Mathieu Darche par exemple, c’est plus corsé un peu. En général, les joueurs voudront garder l’avantage de la part des revenus « hockey » de la LNH et en feront une question de principe, quitte à allonger le conflit. Ce sont eux qui foulent la patinoire et mettent leur santé en jeu dans un sport de contact toujours plus rapide, aux impacts toujours plus violents. En ce sens, le 57% descendra peut-être un peu, mais pas en bas de 51% à notre avis. Demeurera la contentieux de la définition précise de tous les revenus qui entrent dans la tarte à partager. On doit aussi mentionner que la durée maximale des contrats sera chaudement disputée mais les joueurs plieront là dessus afin de garder l’avantage du pourcentage de revenus.

La vision des propriétaires

Dans le cas des propriétaires, les défis sont encore plus nombreux. Nous sommes en présence d’hommes d’affaires, compétitifs, des concurrents à bien des égards, et on peut les diviser en trois camps : quelques uns qui détiennent des fleurons de la LNH (Rangers, Maple Leafs, Canadiens, Bruins), les marchés émergents qui croissent (San José, Los Angeles, Minnesota,etc), et des marchés en difficulté -à des niveaux divers bien entendu- (Floride, NY Islanders, Phoenix, etc).

Quand Gary Bettman rencontre les propriétaires, certains souhaitent ardemment que la saison débute et ont tout intérêt à ce qu’un lockout ne perturbe pas les activités à long terme. C’est le cas des franchises qui font de l’argent et des marchés canadiens en général en plus de marchés émergents comme Los Angeles qui pourrait risquer de ne pas capitaliser sur le succès de sa première coupe Stanley.

Mais d’autres proprios ont tout intérêt à ce que le conflit s’éternise, à condition que la LNH réussisse à imposer son cadre financier en bout de ligne. Ces proprios cherchent à réduire les coûts d’opération de leur équipe; à commencer par le plancher salarial qui augmente sans cesse, forçant les équipes en difficulté à dépenser plus que leur situation financière ne leur permet. Comme il y a plus d’équipes en difficulté que d’équipes fleurissantes, on peut penser que Gary Bettman devra tenir compte des récriminations des proprios plus « militants ».

Du point de vue des propriétaires, on ne peut ignorer la possibilité d’un long conflit. Du moins jusqu’à ce que le nouveau contrat de NBC entre en vigueur, dans la fin de semaine de l’Action de Grâce américaine.

Problème?

Le problème dans l’argumentaire des propriétaires c’est que trop souvent, tout compétitifs qu’ils soient, ces derniers ont autorisé leur personnel hockey à la surenchère des contrats. Quelle crédibilité a le proprio du Wild du Minnesota quand il peste contre les coûts d’opérations de son club après avoir consenti 250 millions à deux joueurs autonomes pendant l’été! On pourrait dire la même chose des Hurricanes, qui n’est pas l’équipe la mieux nantie quand on pense aux assistances…

Des progrès sont-ils probables à court terme? pas selon nous. Il est plus probable que les proprios passeront leur tour pour la première partie de la saison, alors que la bataille est féroce aux États-Unis entre les séries du Baseball, le football de la NFL et les sports collégiaux.

Amateurs de hockey du Québec, qui a le goût d’une autre série de pratiques de hockey Macdo avec Joël Bouchard???

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