On se permet de partager deux textes que nous avions publié dans un autre médium concernant le développement de l’élite du hockey junior au Canada et comment le Québec se voit désavantagé dans la structure de développement actuel. Une réflexion intéressante à reconsidérer à quelques jours du prochain repêchage de la LNH. Combien de produit du hockey québécois seront parmi les 30 premiers? Combien seront étiquettés LNH? Surtout, quel aura été leur profil de développement pour atteindre les plus hauts sommets?

Jonathan Huberdeau

Team Canada, machine à imprimer de l’argent?

(4 janvier 2012)

On se questionne ce matin, entre collègues de travail, sur la relation qu’entretient le peuple canadien avec le sport national, le hockey. Alors que le tournoi annuel des junior mondiaux tire à sa fin, l’équipe canadienne a commis l’odieux de perdre en quart de finale. Une honte nationale?

On parle ici de jeunes hockeyeurs d’au plus 19 ans, des joueurs amateurs qui remplissent des aréna de joueurs professionnels comme moins du tiers des équipes de la LNH peuvent le faire. Au Canada seulement cependant! Car quand ce tournoi est joué ailleurs sur la planète hockey, l’affluence diminue drastiquement. C’est ce qui explique d’ailleurs que ce se tournoi se tient désormais si souvent en sol canadien.

Il était sidérant d’entendre à la CBC le 3 janvier dernier le columnist Eric Francis du Calgary Sun et panéliste au Hockey Night in Canada expliquer l’importance du match de demi-finale pour ces jeunes canadiens. Le tournoi est divisé entre les villes albertaines de Calgary et d’Edmonton. Tous les matchs de la première phase du tournoi de l’équipe canadienne ont été joués à Edmonton. En revanche, l’équipe canadienne a déménagé ses pénates à Calgary pour les matchs de la phase éliminatoire.

Ainsi, le bon « Canadian Fan » de Calgary achetait son laissez-passer a grand prix non pour les matchs de la phase préliminaire entre la Lettonie et la Slovaquie mais bien en prévision du match de la finale du tournoi auquel le Canada a pris part au cours des dix dernières années.

Eric Francis d’expliquer, donc, en analyse du match entre le Canada et la Russie dont le vainqueur passait en finale que le Canada n’avait pas le droit de perdre, que ce serait « injuste » pour le fan de Calgary dont la valeur de l’investissement dans ce tournoi tenait en clair sur ce match de finale si important.

Des joueurs d’âge junior, des non professionnels qui ne sont pas rémunérés pour leur participation à ce tournoi.

Au Canada anglais ce tournoi prend des proportions inégalées alors que l’on mêle la construction d’une fierté nationale à la poursuite de succès internationaux de chaque équipe qui participe à un tournoi international de hockey sur glace. Le tout dopé à la commercialisation payante de ces événements par les réseaux anglo-canadiens comme TSN, Sportsnet et la CBC. Cette commercialisation sert aussi très bien les fabriquant de bière et les sweat shop de café typiquement Canadian qui misent gaiement sur la fibre nationale pour engranger les profits.

Si les grandes compagnies et télédiffuseurs canadiens y gagnent, qu’en est-il des jeunes joueurs du Canada? D’abord, réglons tout de suite une chose, la participation de jeunes Québécois à ce tournoi est très rare. Seuls les joueurs d’exception, les surdoués, sont retenus par Hockey Canada. En clair, les jeunes Québécois sont scandaleusement sous-représentés à ce tournoi et n’y tirent pas grand-chose. Il est plus que temps que le Québec se représente lui-même à ce tournoi. (J’ai d’ailleurs déjà publié à ce sujet)

Pour les jeunes Canadiens, certains ont vu leur statut changer instantanément suite à leur participation à ce tournoi, au-delà de leur réel talent, on pense récemment à Patrice Cormier, capitaine passé de cette équipe, ou à Jordan Tootoo, dont la fougue en avait fait un favori de la nation. À l’inverse, Guillaume Latendresse, 13e attaquant très peu utilisé lors de sa participation à ce tournoi, a montré par la suite que son succès junior était justifié.

Mais avant tout, on devrait toujours rappeler que ce tournoi devrait être une expérience formatrice pour de jeunes joueurs d’âge junior, des joueurs qui sont en phase d’apprentissage, dont le développement est loin d’être terminé, dont les erreurs sont inévitables (comment oublier la bourde de Marc-André Fleury qui avait coûté l’or aux Canadiens, un exemple de persévérance qui s’en est très bien remis!), en sur qui il est irréaliste et injuste de placer les espoirs corporatistes de ceux qui tirent plus profit de l’expérience.

Les hockeyeurs Québécois, grands oubliés du développement de l’élite junior

(6 janvier 2012)

Maintenant que le championnat mondial junior de la FIHG est terminé, voici les résultats d’une courte recherche de la représentativité des hockeyeurs du Québec au sein de cette équipe depuis l’an 2000. On trouvera également à la fin de cet article une courte réflexion sur Pierre Gauthier et la situation du français chez le Canadien de Montréal.

Les hockeyeurs Québécois, grand oubliés du développement de l’élite junior.

Compte tenu que l’on garde habituellement 23 joueurs par année et que l’on peut comptabiliser environ 275 places qui ont été campées par 261 joueurs, certains ayant vécu l’expérience plus d’une fois.

Parmi les joueurs d’origine québécoise (donc nés au Québec, ce qui élimine les Claude Giroux et Sean Couturier par exemple), seulement trois joueurs ont été retenus deux fois par Team Canada : les gardiens Maxime Ouellet (2000-2001), Marc-André Fleury (2003-2004) et le défenseur Kristopher Letang (2006-2007).

Sur cette période, un total de 24 joueurs d’origine québécoise ont réussi à se hisser parmi les 261 joueurs choisis, soit un ratio de 9,1 %.  La Québec compose environ 21% de la population du Canada et bon an mal an, Hockey Québec revendique environ la même proportion des inscriptions au total des joueurs d’âge mineur qui sont comptabilisés par Hockey Canada.

Comptant sur un circuit junior majeur, la LHJMQ, qui assure une visibilité aux joueurs d’âge junior provenant de la province (et des maritimes), on ne peut affirmer que la sous-représentation des joueurs juniors québécois à Team Canada serait la conséquence d’un manque de visibilité.

Ce qui crève les yeux, c’est que pour qu’un joueurs Québécois perce l’alignement de Team Canada il doit : a) être gardien de but (ça aide…) ou b) être un joueur d’exception. Les joueurs de soutien (hormis Max Talbot?) sont exclusivement Canadiens et à talent égal, c’est toujours le gars de l’Ontario ou de l’Ouest qui sera retenu. Tout milite en fonction d’une représentativité québécoise distincte au hockey international pour le Québec comme le font nombre d’autres nations « fédérées » sur la scène internationale (Pays de Galle, Écosse, Irlande du Nord, etc).

Liste des joueurs Québécois ayant été retenus pour Team Canada junior 2000-2012

2000 G  Maxime Ouellet D  Mathieu Biron D  Joe Rullier A  Éric Chouinard

2001 G  Maxime Ouellet

2002 G  Pascal Leclaire G  Olivier Michaud

2003 G  Marc-André Fleury D  Alex Rouleau A  Pierre-Marc Bouchard A  Pierre Alexandre Parenteau

2004 G  Marc-André Fleury A  Maxime Talbot

2005 A  Patrice Bergeron

2006 D  Kris Letang A  Guillaume Latendresse

2007 D  Kris Letang A  Marc-André Cliche

2008 G  Jonathan Bernier

2009 A  Angelo Esposito

2010 D  Marco Scandella A  Jordan Caron

2011 G  Olivier Roy D  Simon Després A  louis Leblanc

2012 A  Jonathan Huberdeau A  Michaël Bournival

Un petit commentaire par rapport à certaines critiques que j’ai lu concernant le travail de Pierre Gauthier. Cantin et Gagnon notamment dans la Presse ont évoqué que le DG du Canadien aurait dû voir venir la controverse inévitable que susciterait l’embauche d’un entraîneur unilingue anglophone à Montréal.