Voilà quelques jours que nous voulions traiter de cet article de Joe Wilson sur le blogue The Hockey Writers car il est intéressant à plusieurs niveaux : d’abord pour comprendre le plafond de l’intérêt populaire que semble susciter le hockey aux États-Unis, même quand ce sont les Kings qui gagnent la Coupe Stanley, mais aussi à l’aune des négociations de la convention collective qui s’en vient.

Un sport sérieux le hockey?

Voici ce qu’écrit Joe Wilson à ce sujet : « On one extreme we have the WWE which is an admittedly staged athletic melodrama of sorts. On the other extreme we have the legitimate sports leagues, such as the NFL, MLB and NBA. They have governing bodies, player associations, rules committees and all the trappings of a well maintained and cared for product. On the field of play the rules are enforced by officials who call each offense the same way, no matter the time of season or portion of the game. If players engage in any sort of shoving they are immediately penalized. If they throw punches they are ejected and will likely earn a suspension. »

Premier problème, les standards d’arbitrage de la LNH. Tout amateur de la game sait très bien que l’on appelle pas les pénalités à tout moment d’un match et au cours des différents cycles de la saison. La géométrie variable de l’arbitrage de la LNH est un facteur déterminant dans la difficulté qu’a le sport de s’imposer parmi les quatre grandes ligues…

Le coeur du problème cependant réside dans la relation que la LNH entretient avec la violence. Wilson note, avec raison, que tous les circuits majeurs sanctionnent sévèrement la bagarre par exemple. Dans la LNH, l’aspect pugilistique fait partie des gènes de la culture du sport. Dans certains marchés, Philadelphie et Boston par exemple, la bataille est une partie intégrante du merchandising du club. Alors que les circuits amateurs et juniors se pencent sur la façon d’enrayer les bagarres et les coups à la tête, la LNH procède lentement et éviter d’ébranler les socles puissants des conservateurs de la ligue; les Ed Snyder, Bobby Clarke, Mike Milbury, Don Cherry et autres défenseurs importants de la violence institutionnalisée dans le hockey, surtout les bagarres.

http://www.youtube.com/watch?v=xfKfP39NymM&feature=player_embedded

Ed Wilson montre dans son article, par quelques hyperliens, des débuts de matchs où la rondelle n’a pas même le temps de frapper la glace que les joueurs se tapent à qui mieux mieux. Les commentateurs jubilent, les amateurs dans les gradins aussi. Illustration équivoque de la culture de la bagarre dans le sport il est vrai, mais est-ce aussi le frein au développement du hockey dans le sport mainstream aux États-Unis? Selon Wilson, oui.

L’enjeu de la négociation collective

Là où ça devient intéressant, c’est l’angle de la question de la violence institutionnelle du sport par rapport aux possibilités de croissance du sport. Cette question sera assurément débatue lors des prochaines négociations collectives entre joueurs et propriétaires.

Pourquoi?

Les économistes sportifs qui se sont prononcés sur les possibilités de croissance de la LNH comme entité économique pointent souvent dans la même direction à court terme; le marché américain. Au Canada, le hockey occupe déjà une telle place que ses possibilités de croissance sont limitées. Il y a 10 fois moins d’habitants au nord et les grands marchés sont rares et déjà occupés. Demeure quelques marchés plus modestes, comme Québec ou Saskatoon, mais dans une ligue où les deux tiers des clubs sont américains, cela ne sert en rien les intérêts des proprios majoritaires du circuit.

Gary Bettman le sait depuis longtemps et c’est pourquoi il se bat sans relâche pour sauver certains clubs moribonds comme Phoenix et Colombus. Mais comment faire pour profiter plus efficacement d’un marché, celui des États-Unis, où le hockey a encore tout à conquérir ? Selon Wilson, mais aussi la pluparts des économistes sportifs, s’assurer une place dans le mainstream sports scene, c’est-à-dire les sports de masse.

Mais cela semble encore bien illusoire quand le hockey peine à s’imposer dans l’intérêt des grands réseaux américains au moment même où le 2e plus grand marché des États-Unis, Los Angeles, réussit à conquérir le précieux Graal pour la première fois de son histoire… Il manque à la LNH un contrat télévisuel d’envergure et cette problématique sera au coeur des discussions cet automne.

Inévitablement, les dinausores du hockey qui continuent de défendre la violence institutionnelle dans le sport seront confrontés au dilemme suivant : doit-on s’attaquer à la place des bagarres et des coups violents dans l’imagos du hockey afin de privilégier la croissance du sport dans un plus grand nombre de foyers américains ?

Des débats animés en vue.

L’article de Joe Wilson ici : http://thehockeywriters.com/goons-and-cheap-shots-keeping-hockey-out-of-the-mainstream/