Alors que de nombreux commentateurs ont les yeux rivés sur le radar du prochain entraîneur des Canadiens, nous lancerons un pavé dans la marre d’un autre sujet controversé issu notamment de de l’ère Gainey-Gauthier : la diminution constante de la représentativité des joueurs québécois avec le Canadiens de Montréal.

Nous nous baserons entre autre sur l’étude statistique (pas l’interprétation) de Bob Sirois dans son bouquin Le Québec mis en échec, paru aux Éditions de l’Homme en 2009. Nous avons compilé les statistiques pour les trois saison que ne couvre pas le livre de Sirois à partir des bases de statistiques de la LNH.

Les années glorieuses

Nous glisserons quelques mots de ce que nous appelerons les « Glorieuses » années du Canadiens, les années 70. Pendant cette décennie, le tricolore gagnera 6 fois la Coupe Stanley, le plus souvent avec des clubs largement représentés par des Québécois. Selon les statistiques compilées par Sirois, pendant cette décennie, le CH utilisera en tout 264 joueurs différents et parmi ceux-ci, 122 joueurs originaires du Québec. On parle ici de 46 % de joueurs québécois pendant cette période.

Ce qui est le plus surprennat, c’est que nombre de ces joueurs occupent l’avant-poste de l’équipe. Les joueurs québécois marginaux sont l’exception. On se souviendra moins des Denis Dejordy (7 matchs en 71-72), Raynald Comeau (4 matchs en 71-72) ou Germain Gagnon (4 matchs en 71-72). Autrement dit, on ne gonfle pas la moyenne par l’utilisation marginale de joueurs originaires du Québec.

Les Années 80

On peut dire que la décennie suivante a aussi fait une place considérable aux joueurs québécois chez le tricolore. La moyenne générale de la représentativité a baissé quelque peu mais cela s’explique, entre autre par un plus grand bassin de joueurs. Dans les années 70, le CH utilisait en moyenne 26 joueurs par saison, ce chiffre grimpera à plus de 31 dans les années 80. Ainsi sur 320 joueurs utilisés pendant cette décennie, 109 étaient d’origine du Québec; soit une moyenne de 34 %. Généralement, cette décennie fortement marquée par la rivalité Canadiens-Nordiques voit le tricolore aligner en moyenne 10 Québécois par saison. Fallait bien compétitionner avec la Fleur de Lys sur le chandail des Bleus…

On voit aussi apparaître plus de joueurs marginaux du Québec dans les rangs du Canadiens : les Jocelyn Gauvreau, Normand Baron, Serge Boisvert et Gilles Thibaudeau de ce monde… D’autres sont partis trop rapidement comme Jean Hamel, qui a joué 79 matchs en 83-84 mais dont la prometteuse carrière a pris fin abruptement un certain vendredi Saint sous le poing vicieux de Louis Sleigher…

Les Années 90, la décennie des plombiers

Toujours dans la dynamique de la rivalité avec Québec pendant la première partie de la décennie, le Canadien continue de faire appel à nombre de Québécois, mais on remarque de façon sidérante que le nombre de Québécois qui ont porté l’uniforme des Canadiens pendant les années 90 est gonflé par nombre de plombiers aux carrières éphémères, pour ne pas dire éclair dans la LNH. C’est aussi une décennie difficile sur le plan hockey. Les portes de ce vestiaire autrefois réservé à peu d’appelés deviendront de véritables portes de granges! Pas moins de 370 joueurs différents porteront le chandail des Canadiens et parmi ceux-ci 145 Québécois. Une moyenne respectable de 39 %.

Le hic, cette liste est gonflée par le passage de beaucoup de faire-valoir. Les Patrick Lebeau, Frédérick Chabot, Jean-Claude Bergeron, Jesse Bélanger, Éric Charron, Christian Proulx, Yves Racine, Yves Sarault, François Groleau, Sébastien Bordeleau, Patrick Labrecque, Éric Houde, Dave Morissette, Alain Nasreddine, J-F Jomphe, Sylvain Blouin, Jonathan Delisle et Christian Laflamme sont autant de joueurs qui n’ont fait que passer…

Dans les faits, on peut dire que c’est le début de l’ère des plombiers, de la représentation marginale des Québécois dans l’alignement des Canadiens. Parfois le CH laisse passer des joueurs qu’il aurait dû voir et qui donc finiront avec d’autres équipes de la LNH. La dynamique d’une ligue à 30 clubs offre plus de chances à certains joueurs que le CH aurait fait évoluer sur ses 3e et 4e trio avant.

La Grande Noirceur des années Gainey-Gauthier

En général, les règnes de Serge Savard, Réjean Houle et André Savard, qui couvent les saisons 1983 à 2003, ont comme constante de maintenair un seuil de représentativité d’en moyenne 12 Québécois par saison avec le tricolore. Nous l’avons vu, il s’agit parfois de joueurs marginaux, mais à talent égal, pour boucher un trou, on fait appel, le plus souvent, à un Québécois.

Cela sera vrai jusqu’à la nomination de Bob Gainey en 2003. Il y a vraiment une coupure marquée dès l’entrée en scène de l’ancien capitaine du Canadien. Les 4 premières saison de cette décennie ont vu successivement 19, 19, 12, 12 joueurs Québécois dans l’alignement. Il y a le lock-out de 2004-2005 et vient ensuite l’ère Gainey : 10, 5, 6, 9, 6. La philosophie change dratsiquement chez le Canadien. Finie la discrimination positive envers un joueur québécois.

Malgré que cette décennie compte une saison de moins dû au Lock-out, le CH utilisera pas moins de 316 joueurs différents parmi lesquels 98 Québécois pour une moyenne de 31 %. Si on ne compte que l’ère Gainey pendant cette décennie, c’est 21,9 % de joueurs Québécois (36 sur 164).

On continue aussi devoir nombre de plombiers pendant les premières années de la décennie mais pas pendant l’ère Gainey hormis la saison 2005-2006 (Jonathan Ferland, J-F Côté). Les Québécois qui s’alignent avec le Canadien jouent des matchs. Ceuxqui en joueront le moins pendant une saison seront Georges Laraque en 2008-09 et David Desharnais et Mathieu Carle en 2009-2010 (chacun moins de 33 matchs par saison).

La décennie 2010, l’hécatombe

Marc Bergevin aura du pain sur la planche comme on dit. Vidé de toute représentation intéressante de joueurs Québécois, les deux premières saisons de la décennie en cours ont vue des représentation famélique de Québécois chez le CH. Sur 64 joueurs différents, 9 Québécois, soit 7,1 %. La saison dernière est particulièrement pathétique, le Canadien qui termine dernier de sa conférence, au cours d’une saison marquée par la tourmente causée par l’arrogance du DG Pierre Gauthier qui se maoque des amateurs Québécois du club lors de la nomination de Randy Cunneyworth, un coach unilingue anglophone. Geoff Molson doit calmer le jeu, alors que tous savent que les jours de Gauthier sont comptés (et ceux du coach aussi).

Ce sera certes un défi pour Marc Bergevin de redonner aux Québécois la fierté de pouvoir appuyer un club qui leur ressemble un peu plus. Nous parions que la perspective toujours existante de voir un club revenir à l’autre bout de la 20 saura faire renaître la fibre Québécois chez le tricolore. En terminant, une petite statistique intéressante, pendant les années où Canadiens et Nordiques ont tous deux évolué dans la LNH, le tricolore a aligné 58 joueurs Québécois différents. Les Nordiques… pas moins de 74 !

Et ce sont tous les hockeyeurs du Québec qui en ont profité, en plus des amateurs qui ont été choyé de connaître cette intense rivalité.