Dans l'état actuel des choses dans la LNH, il y aura d'autres destins tragiques comme celui de Derek Boogard, mort à 28 ans dans les circonstances que l'on connaît.

La LNH aurait tout avantage à tirer des leçons de ce qui se passe actuellement dans la Ligue Nationale de Football (NFL) aux États-Unis. Alors que tout semblait rose pour la NFL, pendant que l’argent coule à flot pour les joueurs et les proprios, un orage se dessine à l’horizon; des avocasseries qui coûteront la peau des fesses à tout le monde…

Déjà, l’association des joueurs retraités de la NFL a intenté une série de poursuites contre la ligue concernant les séquelles qu’ont subies certains joueurs à la suite de coups à la tête et les maladies qui s’en sont suivies. Ces anciens joueurs allèguent que la direction des équipes et les propriétaires n’en n’ont pas fait assez afin de les prévenir des risques à long terme inhérents à leur participation au jeu, notamment en ce qui concerne les coups répétés à la tête.

Adam Gopnik du prestigieux journal The New Yorker dresse un parallèle entre la situation actuelle dans la NFL concernant les coups à la tête et ce que fait (ou ne fait pas) la LNH pour endiguer ce problème qui pourrait mettre en péril la pérennité du sport. Le constat est frappant (!), et si la LNH, dans sa mouture actuelle, était accro, dépendante de la violence dans son sport?

Dans la NFL, le récent scandale du système de « primes » (bounty) qu’avait mis en place le coordonateur à la défensive des Saints de la Nouvelle-Orléans, n’a pas été pris à la légère par le commissaire de la ligue Roger Goodell. Les suspensions pour l’équipe d’entraîneurs qui ont mis en place cette violence « commanditée » ont été sans pitié, un an pour l’entraîneur chef Sean Payton et un bannissement pour le coordonateur en défense. Si la cause devait se rendre devant les tribunaux, Goodell s’assure qu’on ne pourra accuser son circuit d’avoir été complaisant avec les propriétaires, ce qui est capital en cas de poursuites. Les autres équipes de la ligue n’ont d’autre choix que de se ranger derrière le commissaire.

Pour Gopnik, la LNH devrait aussi se préoccuper des coups à la tête, avec la même sévérité que le fait actuellement la NFL. Mais il n’en n’est rien :

« The N.H.L. faces its own, even worse, plague of concussions. It affects its best  players even as they are playing, as well as long after. Yet Gary Bettman, the  N.H.L.’s commissioner, refuses to take the natural and necessary  we-can’t-have-this step for his sport: banning fighting. Fighting is  not the only source of brain damage in the game—but it is an inevitable one. The  deeper problem is that having a culture of violence installed in the hard drive  of the game ruins the machine. As long as the fans in the Northeastern United  States, in particular, believe that fighting is a proper part of the game, it  will be one »

Ainsi, l’étape inévitable qui peut assurer que l’on combatte véritablement le fléau des coups à la tête commence par le bannissement des combats dans la LNH. En fait, une telle prise de position de la ligue enverrait le message équivoque que la tête ne doit jamais être visée dans le cours normal du jeu.

Mais la violence a des racines profondes dans la perception du hockey, notamment dans les états du Nord est des États-Unis. Les villes comme Philadelphie et Boston, des marchés vitaux pour la LNH, se passionnent autant pour la culture de l’intimidation dans le sport que par la rapidité du jeu ou son aspect offensif. Pour eux, la bagarre est une partie inhérente du hockey, poing final!

Pour expliquer pourquoi le commissaire Gary Bettman hésite tant à s’attaquer à la culture de la violence dans le sport, Gopnik avance ses liens incestueux avec Jeremy Jacobs des Bruins de Boston :

« Instead of acting with all force to alter the game, Bettman has effectively  endorsed violence—perhaps under the influence of Jeremy Jacobs, the Bruins  owner, and Chairman of the Board of Governors, and, on violence, a real tail  thrashing dinosaur—as his team’s disgracefully thuggish play in last year’s  final showed. »

Ainsi, ce serait les brutes qui auraient prévalu en finale de la Coupe Stanley l’an dernier, justement à cause que la LNH favorise le hockey d’intimidation jusque dans l’application des règlements en séries? Selon Gopnik, il n’y a qu’un pas à franchir pour l’affirmer du moins.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est le lien que fait Gopnik entre l’échec de Bettman de s’attaquer aux coups à la tête et à la violence dans le sport et l’incapacité qu’a la LNH de s’implanter dans les marchés de hockey non traditionnels comme Atlanta :

« Bettman’s failure to alter the violence in the game he superintends comes after,  and is probably linked to, the failure of his plan to expand the “footprint” of  the game to the American Sunbelt. The move of the dead-duck Atlanta team to  cold, tiny Winnipeg was the first step in a reverse-Napoleon retreat toward the  snows. It’s likely to be followed by other dying franchises—it is scandalous  that the Islanders might be among them—moving to Quebec and other points north »

Adam Gopnik laisse le mot de la fin à Ken Dryden, un fervent défenseur du bannissement des bagarres dans le hockey :

« Immediately, Bettman can say, we need to treat any hit to the head as what it  is: an attempt to injure. A hit to the shoulder, torso, or hip—depending—is  understood as good positioning and good defense; not so a hit to the head. The  head has always been thought of differently, requiring special protection with  its own peculiar penalties … with the onus on the player doing the hitting,  through his actions and in the eyes of the referee, to defeat that presumption. »

Mais les dinosaures de la LNH que sont Jeremy Jacobs, Ed Snyder, Bobby Clarke et Brian Burke sont encore bien en selle et cultivent leur pouvoir d’influence auprès du commissaire Bettman. Jacops s’est assuré que son « poulain » reçoive une lucrative entente de plusieurs millions de dollars par saison pour qu’il garde le cap… dans le mur! Car c’est bien là que s’en va la LNH si elle continue à obéir à la loi des conservateurs du hockey. Toujours plus de commotions cérébrales, des absences plus longues pour les joueurs étoiles et des fins tragiques pour ceux qui jouent le rôle de mercenaires, de policier des zones glacées…

L’article de Gopnik ici :  http://www.newyorker.com/online/blogs/comment/2012/04/blows-to-the-head.html#ixzz1rDOU0Tgh