Alors que les séries éliminatoires s’apprêtent à se mettre en branle, Sean Gordon et Allan Maki du Globe and Mail reviennent sur l’histoire héroïque, triste (?), de l’ailier des Flyers Ian Laperrière. Mais de façon plus large, ils posent la question suivante, est-on fou ou admirable quand on accepte se sacrifier son corps, de mettre en péril sa santé au nom du Saint-Graal du hockey, la Coupe Stanley…

Les exemples légendaires de joueurs qui ont foulé la patinoire alors qu’ils étaient diminués physiquement sont légions, à Montréal on cite souvent Maurice Richard ou Bob Gainey (les deux épaules disloquées), mais les plus jeunes se souviendront de Paul Karya à Anaheim qui s’était fait assommé par Scott Stevens des Devils, commotion cérébrale en direct sur la patinoire, et son retour dans le même match alors qu’il marque devant une foule en délire…

Paul Karya n’a plus jamais été le même joueur par la suite.

Dans le cas de Ian Laperrière, les séries 2010 ont bien mal commencé; en bloquant un tir lors de la première ronde des séries contre les Devils du New-Jersey, non avec ses jambières mais avec sa face!, le montréalais s’en est tiré bien amoché. Fracture orbitale et 70 points de suture, un carnage facial.

Le prognostic des médecins laissait entendre une longue convalescence. Laperrière a manqué la deuxième ronde des séries contre les Bruins de Boston et quand les Flyers ont atteint la troisième ronde contre les Canadiens de Montréal, il a manqué les trois premiers matchs de cette série. Ensuite… il ne pouvait plus attendre, c’en était fait de la convalescence.

Laperrière explique qu’en 16 ans de carrière, il n’avait jamais même effleurer la Coupe Stanley et que cette chance, il n’allait pas la laisser passer. Il a menti aux médecins de l’équipe concernant les symptômes post commotion cérébrale qu’il ressentait, il a porté la pleine visière et s’est battu avec les siens jusqu’en finale avant de s’incliner contre les Hawks de Chicago. À la fin de la saison 2010, The Hockey News l’a couronné joueur le plus robuste (toughest player) de la ligue. Le sympathique ailier des Flyers a bien tenté un retour au jeu en spetembre 2010 mais ce fut impossible.

Il n’a plus jamais joué par la suite.

Le jeu en valait-il la chandelle? Pour Ian Laperrière, quand on est un joueur de 3e ou de 4e trio, la question ne se pose même pas. Si Sidney Crosby peut prendre tout le temps nécessaire pour reprendre le collier, il en est tout autre pour un Mathieu Darche par exemple. Sean Gordon s’est entretenu avec l’ancien des Redmen de McGill, qui n’a atteint la LNH à temps plein qu’à lâge de 33 ans. Agent libre à la fin de la saison, il a joué lui aussi en cachant les symptômes post commotion qu’il ressentait, même si le Canadien est éliminé depuis longtemps. Comment faire autrement quand la performance sur la patinoire est le seul argument d’un joueur de soutien comme lui afin de se dénicher un contrat d’un an au salaire minimum de la ligue…

Espérons que le Canadien retiendra Mathieu Darche, un joueur polyvalent qui se donne pleinement chaque fois que son nom est appelé sans jamais ne faire de vagues. Un guerrier, un vrai.

L’article de Gordon et Maki ici : http://www.theglobeandmail.com/sports/hockey/stud-up-or-sit-down/article2380205/?utm_medium=Feeds:%20RSS/Atom&utm_source=Hockey&utm_content=2380205&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

Les partisans des Flyers ont salué la "bravoure" de Ian Laperrière de diverses façons...